Besoin d'avis sur mon extrait de roman fantaisie

Neyomdidi0 - 15 déc. 2022 à 17:17

Bonjour,

je suis en train d'écrire un roman fantaisie et je suis bloqué, car ma façon de l'écrire me rend sceptique. C'est pourquoi j'ai besoin de votre avis (constructif mais franc) s'il vous plait. Merci d'avance.

Dans le lointain horizon volait une cigogne ; une cigogne de métal. Ses grandes ailes de fer fendaient l’air en un sifflement lourd, son corps tout entier luisait d’un reflet mécanique. Et le bleu clair qui l’habillait en lieu et place du blanc, ce bleu-là faisait ressortir le noir des plumes qui bordaient ses ailes et sa queue.
Au-dessus du robot ailé, d’épais nuages infinis s’étendaient dans le prolongement du ciel, séparant les cieux de la surface du sol. C’est pourquoi la lumière du soleil parvenait tout juste à y passer au travers et elle était faible et pâle ici-bas. Elle venait frapper la cigogne de métal en un scintillement aveuglant, puis s’allongeait péniblement sur la terre, comme si cela lui était déjà une lourde tâche à accomplir que de traverser des nuages aussi épais.
La cigogne tenait, au bout de ses longues pattes à la couleur cuivrée, une petite couverture de soie, elle-même refermée en un sac bombé. Elle volait en y prenant grand soin, car jamais elle ne s’inclinait d’un côté ou de l’autre, ni ne faisait de brefs à-coups. Non, elle poursuivait sa longue traversée le plus fluidement possible, battant des ailes avec insistance, ainsi que si elle souhaitait atteindre son but le plus rapidement possible. Elle fusait droit devant elle.

Bientôt, sur son chemin, se dessina la ville : inquiétantes ombres, tantôt hautes tantôt épaisses, qu’elle était, cette dernière demeurait à la fois silencieuse et bruyante, vide et grouillante, changeante et pourtant stagnante. La cigogne commença à descendre à son approche, avant de disparaître très vite derrière de grandes bâtisses. Planant dès lors à proximité du sol, la voici qui vint déposer le petit sac bombé sur le palier d’une maisonnette ; il s’ouvrit aussitôt, dévoilant à l’intérieur un bébé habillé d’une couche. Celui-ci était assis de tout son poids sur le séant et ses petits yeux tout juste ouverts observaient avec curiosité. La cigogne de métal, qui planait jusqu’alors au-dessus de sa tête, s’envola sur-le-champ, le laissant sur le pas de la porte, le laissant seul avec sa couverture de soie tandis que d’ores et déjà elle rebroussait chemin. Or, quelques secondes plus tard seulement, la voilà qui revint, et puis elle posa ses longues pattes à côté du bébé. Ce faisant, elle enfonça la sonnette électrique placée sur le montant de la porte à l’aide de son long bec pointu : Ding ! Dong !

Ce monde se nommait Topos. Une planète divisée en deux écosystèmes, eux-mêmes séparés par d’épais nuages qui isolaient la terre du firmament, le sol de la voûte céleste. Sous ces nuages, les couleurs demeuraient ternes et sombres. Et la vie morose. En revanche, au-dessus desdits nuages, les couleurs y étaient plus chatoyantes, plus vives les unes que les autres, vives et chaudes tel un soleil de plomb qui transperce le corps et réchauffe jusqu’à l’abyssale profondeur de l’âme. Qui plus est, au-dessus des épais nuages, des îles étaient suspendues à même le vide ; grandes, modestes, petites ou minuscules, d’innombrables îles à la forme unique : celle d’un lit. Leurs habitants appelaient cet endroit : le « Dessus ». Et la surface du sol, où résidait en permanence une demi-obscurité, ils l’appelaient : « En Bas ». Par ailleurs, aucun résident d’En Bas ne se souvenait de l’existence du Dessus, bien que chacun d’eux vînt de là, vînt des cieux alors qu’ils étaient tout bébés. La raison ? Ils l’avaient simplement oubliée à mesure que les années s’étaient échappées.

Promptement dérobée de la ville, la cigogne en métal repartit dans le lointain horizon. Elle vint par la suite s’engouffrer au sein d’une longue voie creusée à même les nuages, si épais qu’ils fussent. Une longue voie qui les traversait entièrement. Pendant qu’elle remontait ladite voie, les couleurs de la cigogne devinrent brusquement vives et chaudes (comme ça, sans crier gare). Enfin, la voilà qui débarqua au Dessus ! Une grosse barrière massive et ronde, aux contours striés mais jamais droits, se referma illico derrière elle.
Le soleil du Dessus surlignait l’horizon, il était rond et jaune et sa chaleur toujours revigorante. Il éclairait le robot ailé d’une caresse amicale, alors que sa lumière flamboyait intensément à travers l’oiseau métallique. Cela sans jamais, ô grand jamais, éblouir quiconque regardait passer la cigogne. Celle-ci se déplaçait à vitesse grand V dans le ciel, elle allait bon train et dépassait les îles les unes après les autres.

Aïko regarda la cigogne survoler l’Usine de l’île du Pré, avant de la voir disparaître en son toit.

— Aïko, est-ce que je te dérange ? lui demanda l’Érudit (enseignant désigné par le Sage de l’île), qui venait tout juste d’interrompre sa marche (les cours se faisaient toujours en extérieur) après avoir constaté que l’attention de la jeune élève flânait ailleurs.

Malgré sa voix forte et insistante, Aïko resta dans son monde ; elle continuait à avancer. Par conséquent, l’Érudit céda un sourire amusé, puis il s’adressa ainsi au reste de la classe :

— Eh bien ! Je crois que votre camarade est encore dans la lune !

Tous se mirent à rire ; le soudain brouhaha ramena Aïko à la réalité. Elle s’arrêta alors et remarqua que tous les yeux rieurs étaient posés sur elle. Aussi, prenant un air confus, elle tourna la tête sur son professeur, avant de hasarder instinctivement :

— Quoi…?!… la mine, il est vrai, un peu perdue.

Là-dessus, certains enfants se remirent à rire. L’Érudit, quant à lui, ne semblait plus amusé par la situation. Bien au contraire, il avait l’air agacé par l’inattention régulière de la jeune fille.

— Puisque tu sembles maîtriser l’histoire de l’écosystème du Dessus au point de ne pas m’écouter, pourquoi ne nous la raconterais-tu pas ? poursuivit l’homme, très sérieux.

Aïko, prise de court, dressa son index tout contre elle, puis :

— Moi ?! fit-elle, ahurie.
— Oui, oui ! Toi ! confirma l’enseignant tout en agitant la tête de haut en bas, et depuis le début, s’il te plaît !

Un rien troublée, la jeune fille posa les yeux sur chacun des visages qui l’entouraient et la fixaient dans l’expectative. Bref, étant donné qu’elle n’avait pas vraiment le choix, la voici qui entama :

— Heu… ben… l’écosystème du Dessus, que l’on appelle : le « Pouvoir des Rêves »…

Elle s’interrompit, replaçant timidement son regard sur son professeur. Celui-ci remua la tête et dit :

— Oui, c’est bien. Continue !

L’écosystème du Dessus a plus de cinq millions d’années. Il partage ce monde avec un deuxième écosystème, appelé : le « Réel ». Tous deux sont séparés par de denses nuages qui ne forment qu’un dans toute la largeur du ciel ; le Pouvoir des Rêves s’y étend au-dessus, dans ce même ciel, et le Réel plus bas, à la surface du sol. Mais, puisque deux écosystèmes ne peuvent pas cohabiter ensemble, il y a longtemps de cela, le Réel, pourvu de ses couleurs ternes et sombres, tenta de s’étendre au-delà des nuages, dans le but de se débarrasser du premier. Plus malin, plus magique, le Pouvoir des Rêves, revêtu de ses couleurs vives et chaudes, savait que le second ne pourrait s’emparer que de ce qui demeurait vide. C’est pourquoi il créa les îles du Dessus, que l’on connaît aujourd’hui, et sur ces îles, il créa la vie, afin d’être plus fort. Le Réel n’avait pour autant pas dit son dernier mot : pour rattraper son retard manifeste, égaliser les forces, il créa les eaux et les terres de la surface du monde. Dès lors, cela lui donnait davantage de vigueur et d’autant plus d’élan pour poursuivre ses terribles desseins. Or, bien qu’ils fussent à égalité, le Pouvoir des Rêves ne pouvaient hélas résister éternellement ainsi. Les habitants de notre île du Pré, que l’on disait les plus sages du Dessus à l’époque, trouvèrent un subterfuge à cela : en créant une Usine capable de fabriquer la vie, puis en établissant cette vie sous les nuages, le Pouvoir des Rêves serait alors épars au sein même du Réel, et pourrait de la sorte l’affaiblir de l’intérieur. Le rôle des gens qui vivraient En Bas serait donc de vivre simplement ; d’avoir des habitudes et de vivre leur vie, afin que persiste la magie du Pouvoir des Rêves.

Aïko se tut dès lors. Autour d’elle, tout le monde était encore suspendu à ses lèvres. Elle en profita pour ajouter de son propre chef :

— Enfin, on nous raconte ça, mais personne n’en sait rien, au fond ; ce n’est peut-être qu’une histoire !
— Rah ! intervint l’Érudit, tu ne vas pas recommencer ! pesta-t-il en haussant quelque peu le ton.

La jeune fille n’avait pas l’intention d’en rester là (cela se lisait aisément dans ses yeux).

— Bah, quoi ?! C’est une histoire qui a des millions d’années, s’en défendit-elle, des détails auraient pu se perdre ou être exagérés…!…

L’enseignant lui somma illico de se taire. Il lui confia qu’il n’avait pas l’intention de tenir une fois de plus ce genre de conversation avec elle, et qu’elle pouvait être certaine qu’il parlerait de son attitude ce soir, au Conseil du Sage (le Sage était ce qui se rapprochait le plus du chef du village et, à fortiori, de l’île tout entière). À la suite de quoi, pendant que la jeune fille cédait un air contrarié, l’autre continua :

— Maintenant, concentre-toi sur le cours au lieu de te laisser distraire à la moindre occasion !

Puis, après une brève interruption :

— Que tu sois majeure demain ne te dispense pas d’écouter aujourd’hui ! termina-t-il.

Aïko, même si elle n’en avait pas très envie, garda le silence.

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